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4.Sport, loisirs et fêtes

Sport, loisirs et fêtes

Sur les terrains périphériques comme dans les quartiers, le dimanche résonne souvent d’accents venus du Portugal. Ballon au pied, autour d’un repas ou simplement dans l’échange, des générations de Portugaises et Portugais de Genève se retrouvent depuis plus d’un demi-siècle autour d’une passion commune : le football.

En Suisse, les Portugaises et Portugais sont la première communauté de footballeurs amateurs — près de 18 000 licenciés en 2022. À Genève et dans le canton de Vaud, de nombreux clubs portent les noms de Benfica, Sporting ou Famalicão : autant d’hommages aux régions d’origine. Autour de ces équipes gravitent restaurants, associations et lieux de convivialité, véritables points d’ancrage de la vie portugaise locale.

« Pour moi, l’APG c’est comme une maison, un lieu pour se ressourcer, retrouver nos origines. »

José Tavares

Au sein de cette tradition, un club fait figure de repère historique : l’Association des Portugais de Genève (APG). Fondée en 1966, elle est l’un des plus anciens clubs étrangers de Suisse. Un lieu de sociabilité, de fierté et parfois de refuge, où se sont écrites plusieurs pages de l’histoire migratoire portugaise. Lorsque l’APG voit le jour au milieu des années 1960, la Suisse accueille les premières vagues d’exilés et de travailleurs portugais. Beaucoup fuient la pauvreté, d’autres l’enrôlement militaire ou la dictature salazariste encore en place. Le canton de Genève devient alors un point d’arrivée majeur.

« C’était le seul point de repère portugais, l’endroit où l’on pouvait parler du pays, partager nos histoires », se rappelle José Tavares, membre du club depuis quarante ans. L’APG n’est pas seulement une équipe : c’est une famille d’exil, un espace où l’on discute politique, où l’on parle langue et où l’on retisse des liens avec les origines.

Équipe de l’APG (Association des Portugais de Genève), Seniors +30, 2016. L’APG est un repère du football portugais communautaire, marque de sociabilité, fierté et transmission au fil des générations. © Brochure APG « Tournoi de football en salle – Seniors »

À l’époque, le club possède un local, un restaurant et même une discothèque. « On avait du monde tout le temps. Les cotisations, les événements… ça faisait vivre le club », raconte encore José Tavares.

Dans les années 1990 et 2000, l’APG brille sur les terrains. L’équipe participe au championnat de deuxième ligue interrégionale, dispute des finales de Coupe suisse vétérans, et remporte plusieurs titres en championnat genevois.

Mais au-delà des performances, c’est l’ambiance qui marque les esprits. Les voyages à travers le pays, les repas après les matchs — cette « troisième mi-temps » si chère aux joueurs — et l’impression d’appartenir à une grande famille. « Pour moi, c’est comme une maison, un lieu pour se ressourcer, retrouver nos origines », dit José Tavares.

Pour José Abreu, président du FC APG, arrivé en Suisse en 1988, cette passion est viscérale : « La troisième mi-temps est aussi importante que les deux autres. On se retrouve, on mange ensemble, on partage. Le football amène des valeurs, un esprit, et surtout des moments magnifiques. »

Mais derrière cette ferveur, les défis sont nombreux. L’APG compte aujourd’hui quatre équipes… dont l’une a dû être retirée récemment. « Les jeunes ne veulent plus jouer dans les clubs portugais. Parfois, ils ont presque honte d’être Portugais », regrette José Abreu. Un constat amer pour un club qui fut longtemps un symbole de fierté. Le bénévolat se raréfie, les soutiens institutionnels manquent, et les charges pèsent de plus en plus lourd. « Si on continue comme ça, je crains que ça finisse un jour ».

L’histoire de l’APG rappelle que le football a longtemps servi de passerelle entre les travailleurs migrants et les exilés politiques. Dans les années 1960 et 1970, les matchs du dimanche matin étaient autant des moments de détente que des lieux de débat contre la dictature portugaise, des espaces où naissaient solidarités et alliances. Aujourd’hui encore, malgré l’usure du temps, le club demeure un symbole d’appartenance. Un fragment de Portugal ancré dans le canton de Genève, où l’on continue de transmettre un esprit d’effort, de communauté et d’amitié. « L’âme du club reste intacte », résume José Abreu. Et tant qu’elle bat, c’est un peu du Portugal qui continue de vibrer au cœur de Genève.

Portrait des frères et sœurs Frade à moto: exemple d’un moment de loisir et de convivialité au sein de la collectivité portugaise à Genève. © Miguel Valle de Figueiredo

Si les dimanches une partie de la communauté se réunit beaucoup sur un terrain, tout au long de la semaine elle se retrouve aussi par la musique et la danse. De nombreux ranchos et groupes folkloriques se réunissent chaque semaine, souvent autour des enfants, pour apprendre des pas, des chansons, et une histoire — une manière concrète de transmettre, loin des écrans et du rythme « maison-travail ».

Cette culture se voit ensuite dans des sorties et spectacles, y compris dans les EMS, et dans des fêtes de calendrier où la communauté lusophone mobilise aussi des jeunes par la musique (cours et petits ensembles qui animent des célébrations).

Et lors des grands rendez-vous communautaires en plein air, on retrouve cette même palette de loisirs : stands, jeux, poésie, restauration… mais aussi tunas, concertinas, bombos et plusieurs formations folkloriques, comme autant de façons de “faire Portugal” ensemble.

Danses folkloriques à la Festa de S. Martinho. La musique, la transmission et la fête au cœur de la vie communautaire. © Publication Facebook CCLP Genève